Pousses Urbaines Lausanne donne la parole aux enfants

2021 – Mon année COVID (regard des expert·es)

Pour cette édition particulière, l’équipe de Pousses Urbaines a souhaité récolter les expériences et témoignages de jeunes et d’enfants autour de la thématique de la pandémie.

Pour prolonger la démarche, nous avons demandé à des adultes, expert·es du domaine de l’enfance, de choisir un poster qui les a particulièrement touché et de rédiger un commentaire à partir des réflexions que cette affiche leur a suscité. Voici les messages que nous avons reçu en retour:

David Payot
Conseiller municipal
Direction de l’Enfance, de la jeunesse et des quartiers

Voilà plus d’une année que nos vies sont marquées par le COVID ; avec par certains côtés des impacts très différents selon les personnes, parfois avec des impacts similaires. En tout cas, le COVID a représenté pour toutes et tous une situation inconnue. Aucun expert ne pouvait prétendre tout savoir, aucun responsable ne pouvait dire qu’il avait la solution. Cela a un côté positif : la plupart de nous savait que nous ne pouvions pas simplement laisser faire les autorités, les médecins, et que nous avions une contribution à apporter, que ce soit un geste, une parole, une initiative. Chaque individu a été un peu plus citoyen qu’avant. D’un autre côté, nous nous sommes trouvé.e.s plus ou moins isolé.e.s par rapport à notre travail, notre école, notre famille ou nos ami.e.s. Cet isolement nous a aussi montré l’importance de ces collectifs, que l’individu ne peut pas limiter ses contacts aux personnes avec lesquelles il partage son logement.

J’ai choisi l’affiche de Rodrigo parce qu’elle montre plusieurs de ces aspects que je trouve importants, et d’autres que je ne connais pas : je sais très peu de choses du Paraguay, je ne joue pas au football et je n’ai même pas compris pourquoi la Suisse a été qualifiée pour les 8e de finale de l’Euro. On peut imaginer que Rodrigo est arrivé du Paraguay il y a assez peu de temps, et le confinement a pu être particulièrement dur dans cette situation. Mais même s’il préfère écrire en espagnol, et utilise des silhouettes assez simples pour illustrer son affiche, le résultat est à la fois beau et accessible à chacun.e de nous, et il valorise aussi des ressources que chacun.e peut souhaiter : les amis et la famille. Merci à Rodrigo d’avoir pris le temps et le courage de nous partager cette expérience, merci à tous les autres enfants qui ont envoyé leur affiche, et à la Délégation à l’enfance et à Pousses urbaines pour avoir organisé ce projet « Mon année COVID ».

Sandrine Moeschler
Responsable de la médiation culturelle
PLATEFORME 10 – Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

“Merci de votre invitation, je suis ravie que ce moment qui met à l’honneur la parole des enfants puisse avoir lieu au Musée des Beaux-Arts, étant donné que les enfants ont une place de choix au musée. J’ai beaucoup apprécié la diversité, les témoignages très touchants et drôles aussi, les formes variées.
J’ai d’abord voulu ne rien choisir pour souligner l’importance de cette diversité qui nous tient à coeur dans les programmes de médiation du musée, puisque nous avons la mission de rendre accessible le musée à toutes et à tous. Puis j’ai choisi une affiche que je n’ai pas comprise. C’est celle de Byron, qui a découpé des morceaux de textes imprimés, pour remplir les espaces qui lui étaient offerts. J’ai essayé de déchiffrer, de comprendre de quelle langue il s’agissait pour finalement réaliser qu’il y en avait plusieurs. Et pourquoi ce même texte dans tous les espaces à disposition, quelle que soit la question ? Ces tentatives de compréhension – vaines à ce jour -, ce chemin vers ce que nous disent les enfants est primordial dans le travail que nous effectuons en médiation culturelle, c’est à dire dans les programmes que le musée propose au jeune public, que ce soit dans le cadre scolaire ou extrascolaire. Notre parti-pris est de donner la parole aux enfants, de créer des espaces où ils ont la possibilité de s’exprimer et d’être actrices et acteurs au musée. Il est fondamental d’écouter ce qu’ils nous disent, d’écouter vraiment – tout d’abord parce que c’est souvent très intéressant – et ensuite pour que nous puissions leur proposer des moyens adaptés. De ne pas penser à leur place, faire pour eux, mais les prendre au sérieux, chercher à les comprendre, et faire avec eux afin qu’elles et ils puissent participer activement à la vie culturelle. Au musée, les enfants ne sont pas le public de demain comme on l’entend souvent, les enfants sont le public d’aujourd’hui”.

Delphine Cothésy
Cheffe de projets
Direction de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers

“Cheffe de projet pour le Direction de l’enfance, de le jeunesse et des quartiers, j’ai eu la chance d’aller à la rencontre des jeunes dans les établissements secondaires lausannois. Les professionnels du terrain (infirmières, psychologues, médiateurs) nous ont en effet alertés en octobre 2020 de la détresse des élèves, et également de leur manque de connaissance des ressources à leur disposition. Une carte informative « Pas au top à cause du corona ? » a été créée spécialement pour eux avec les 3 ressources « jeunes »  à connaître: Ciao.ch, la ligne 147 ainsi que la centrale des médecins.
Lors des entretiens avec les jeunes, et en regard de l’exposition « mon année COVID », il est touchant de constater que ces jeunes, qu’ils aient 4 ou 15 ans, ont vécu et ressenti les mêmes choses pendant cette année si particulière et fragile.
Passer du temps ensemble, faire des blagues, se faire des bisous, voir sa famille (bien souvent à l’étranger), faire du sport, voici quelque-unes de activités qui sont revenues dans les discussions. Merci à ces jeunes pour leur honnêteté et leur lucidité… toujours respectueux des règles, il sont parfois encore stigmatisés et peu entendus par les adultes. Il est donc essentiel de trouver et de créer des occasions de leur donner la parole… cette  action mon année COVID en est un bel exemple”. 

Manon Schick
Directrice générale
DGEJ – Direction générale de l’enfance et de la jeunesse
DFJC – Département de la formation, de la jeunesse et de la culture

“L’affiche d’Ylla, 8 ans, m’a particulièrement interpellée. Parmi les bonnes surprises, elle a dessiné le bâtiment de son école et écrit « Revenir à l’école ! ». Ce commentaire d’Ylla illustre à quel point la fermeture des écoles durant la première vague de la pandémie a été vécue comme particulière. L’école, ce n’est pas seulement le lieu d’apprentissage, c’est l’endroit où les enfants voient leurs amis, où ils peuvent chanter, faire du sport en équipe et des activités extrascolaires à la fin des cours. Quand tout cela n’est plus accessible, les enfants sont privés de leurs possibilités de ressourcement.
Les restrictions et interdictions ont massivement pesé sur les enfants et les jeunes. Ce sont eux qui ont souffert et vont souffrir encore le plus des conséquences de la pandémie, alors même qu’ils n’étaient que peu touchés par le virus. Qui aurait pensé un jour que le fait d’organiser un match de foot en plein air serait considéré comme un acte subversif ? Qui aurait pensé que la présidente de la Commission des jeunes du canton de Vaud supplierait la conseillère d’Etat en charge du DFJC de ne plus jamais fermer les écoles et les lieux de formation ? J’aimerais remercier ici les enfants d’avoir tenu bon durant cette période, d’avoir trouvé les ressources pour dépasser leurs peurs, d’avoir fait preuve d’une immense solidarité pour protéger les personnes les plus vulnérables de la société. Il est essentiel d’entendre aujourd’hui la parole des enfants. Merci à la Ville de Lausanne et à Pousses urbaines d’avoir donné la parole aux enfants au travers de ces affiches et de leur avoir permis de s’exprimer sur leurs émotions durant cette période si difficile à vivre pour eux. Beaucoup d’affiches montrent les difficultés, mais chacune d’entre elles montre aussi les ressources des enfants et leur créativité”.

Florence Godoy
Déléguée à l’enfance
Secrétariat général de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers

“L’affiche d’Ivan, 6 ans, est pour moi très représentative, à plusieurs titres. C’est la toute première affiche qui nous revient. Et je dois reconnaître que je n’y prête d’abord pas garde. Je me suis beaucoup mobilisée pour que cette démarche atteigne les enfants et les jeunes. Et après ?… Après il s’agit de suivre et de ne pas relâcher son attention ! Puis j’ai découvert une écriture débutante très déterminée et elle m’a touchée.
Claire, coordinatrice des Conseils des Enfants qui a fait le lien raconte : « Cet enfant avait vraiment  à cœur de pouvoir donner son avis. Il a aimé qu’on lui pose ces questions. Il a aimé se les poser. Assurément, cette expérience faisait du sens pour lui. » Claire ajoute : « C’était non seulement important de remplir cette affiche, mais également de pouvoir la retourner (il fallait la finir tout de suite pour que je puisse la prendre avec moi). Peut-être afin qu’elle soit vue et lue, que sa voix soit entendue par les autres, par les adultes… » Depuis, j’ai mis l’affiche d’Ivan sur un mur de mon bureau. Elle continue de m’accompagner et me rappelle aussi qu’en matière d’expression enfantine, les adultes jouent encore un rôle de relais précieux. Grâce à Claire, à une responsable d’APEMS, un enseignant, une éducatrice, une infirmière scolaire, des paroles peuvent circuler et avoir une chance d’être entendues. Un jour peut-être, nous saurons prendre au sérieux les enfants sans l’aide d’intermédiaire…

Cléolia Sabot
Assistante-doctorante Université de Lausanne


“L’affiche de Leila et Frederica, 10 ans, va m’accompagner dans cet exercice difficile pour une sociologue de l’enfance : se concentrer sur une affiche d’un ou une seule enfant, alors que notre travail tend davantage à aller chercher l’expérience partagée dans la singularité supposée des situations.

Leila et Frederica soulèvent des expériences communes, qui nous semblent tout autant familières en tant qu’adultes : la pénibilité du port du masque ou de ne plus pouvoir voyager. D’autres enfants ont également soulevé la difficulté de la distance physique qui s’est parfois transformée en distance sociale, la peur de tomber malade, l’angoisse de la quarantaine.

Pour aller mieux, Leila et Frederica nous racontent alors que leur amitié est la recette. La difficulté liée à l’absence de leurs ami·es est citée à de nombreuses reprises dans les affiches. Les enfants éclairent ainsi l’importance de la culture enfantine qu’ils construisent, élaborent, négocient au quotidien avec leurs pairs– et qui leur manque dès lors qu’elle vient à être fragilisée par une crise sanitaire pour la cultiver. Ce sont ces relations, ce temps et ces espaces quasi-exclusifs entre enfants qui vient à leur manquer – « s’amuser », « jouer » et « s’éclater ». 

Ils et elles ont également témoigné de recettes originales pour faire face à cette situation : on peut voyager en Suisse selon Arthur et pour Margaux il vous faudra 1kg de sourire en pensant à ce qui vous fait plaisir. Et puis, des recettes au sens littéral : qui aurait pensé que la recette pour mieux vivre cette période résidait peut-être dans les pancakes banane-canelle de Eulalie ? L’affiche de Mia vous réserve une autre recette à suivre pour cela, tout à fait complète. Par leur capacité d’action, les enfants nous ramènent à des éléments essentiels, aux petites étincelles qui ont également ponctué notre année Covid et à un ensemble d’expériences qui leur ont permis de faire face à la particularité de cette période, en étant résolument actifs. En conclusion, je souhaite saluer la démarche menée dans cette édition 2021 de Pousses Urbaines, « Mon année Covid » et témoigner mon admiration à la fois aux personnes qui l’ont menée qu’aux enfants qui y ont participé. La qualité de la réflexion, des supports, des affiches, des récits et des illustrations est extraordinaire – et fait envie à tout sociologue de l’enfance qui souhaite travailler non seulement sur les enfants mais nécessairement avec eux. Cette exposition offre une visibilité essentielle aux expériences enfantines et à leur diversité, souvent confinées au cadre privé et peu visibilisées dans l’espace public – matériel ou virtuel“.

Vous êtes intéressé·es à prendre part à ce projet ?
N’hésitez pas à nous écrire afin que nous puissions vous faire parvenir des affiches à remplir.